CONTES POUR LA PAIX +++++
Publié le 12/08/2008 à 12:00 par magiedumoment
Contes pour tous
L’ENFANT A LA FOIRE
Il était une fois ou l’autre un petit enfant qui s’était rendu avec ses parents à la grande foire aux manèges. Comme il y avait foule, sa maman lui fit à l’entrée cette recommandation :
- Tu peux aller partout et profiter de tout, mais surtout, ne lâche jamais ma main car nous risquerions de nous perdre !
L’enfant était prêt à promettre tout ce qu’on voulait tant il était excité à l’idée de la fête. Tout le captivait : les ballons multicolores ! les barbes à papa roses ! … Il allait d’un endroit à l’autre, attiré comme par un aimant. Le stand à la carabine le fascinait, puis c’étaient les auto-tamponneuses rutilantes qui l’invitaient à prendre place sur leur siège.
Il ne savait plus où donner de la tête : les yeux exorbités, bouche bée, on le vit se précipiter sur les numéros magiques des loteries, guignant les plus belles peluches puis monter systématiquement sur chaque animal d’un manège à pompon : pas plus tôt descendu de l’autruche qu’il était déjà sur l’éléphant ! Fatigué mais ivre de joie, il courait maintenant vers la pêche aux canards, ne voulant rien rater, ne se souciant même plus de la main de sa mère qu’il tenait machinalement.
Pris dans le tourbillon de ce monde aux néons flamboyants et clignotants et à la musique assourdissante, par inattention ou à la suite d’un mouvement de foule ou les deux à la fois, toujours est-il qu’il se retrouva, seul, face à ces stupides canards en plastique jaune qui dérivaient sur l’eau, qu’il ne désirait plus du tout et qu’il allait jusqu’à détester maintenant.
Il eut beau appeler, chercher, crier, pleurer, il avait perdu la main qui le connectait au bonheur.
Le rêve tournait au cauchemar et le paradis s’était en un instant transformé en enfer.
Il était complètement paniqué : de sa petite taille, il n’arrivait même pas à apercevoir les visages des grandes personnes, seulement des robes, des pantalons, des chaussures et des manteaux …
Son cœur éclatait, sa gorge s’étranglait d’angoisse. Plus rien ne voulait plus rien dire : les ballons, la barbe à papa, les manèges, il ne les voyait plus, il n’en voulait pas. Une seule chose comptait pour lui à présent, qui était devenue sa priorité absolue, son unique désir : retrouver la main de sa mère et s’y accrocher très fort pour ne plus jamais la lâcher quoi qu’il arrive, pour toujours !
Le cœur de l’enfant et le cœur de la mère s’appelèrent si fort qu’à la suite d’un nouveau mouvement, la foule les rendit l’un à l’autre. Quelle joie alors ! quel bonheur retrouvé !
Certains Sages prétendent qu’il en va de même chez les adultes pour qui ce monde n’est ni plus ni moins qu’un immense champ de foire. S’ils s’y promènent solidement accrochés à la conscience de la Vie, ils pourront tout apprécier - sans y laisser trop de plumes. A chacun de voir…
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Publié le 12/08/2008 à 12:00 par magiedumoment
Il était une fois de plus ou de moins une femme très très pieuse que d’aucuns appellent « punaise de sacristie », d’autres « grenouille de bénitier » et bien d’autres jolis petits noms encore, pas très catholiques, qu’il serait beaucoup trop long de passer en revue.
Toujours vêtue de noir avec « son chignon toujours bien coiffé », un chapelet entre les doigts qu’elle égrainait au rythme du mouvement de ses lèvres, elle était de plus constamment précédée d’une indéfinissable odeur de sainteté.
Un jour, il se mit à pleuvoir mais pas qu’un jour et pas qu’une nuit (sans doute pour laver les fautes de tous ces pêcheurs qu’elle voyait autour d’elle et qui lui faisaient sans cesse hocher la tête de réprobation ) .
Il n’avait pas été nécessaire d’attendre les 40 jours et les 40 nuits fatidiques pour que toutes les rivières débordent et que l’eau commence à monter. Comme les émules de Noë (pas de Zoë) sont assez rares de nos jours, les pompiers avec leurs canaux pneumatiques vinrent offrir leurs services à toutes les personnes en difficulté et en particulier aux personnes âgées. La vieille bigote refusa catégoriquement leur aide affirmant que Dieu ne l’abandonnerait pas, qu’il la sauverait le moment venu et qu’en attendant, elle montait au 1er étage de sa maison.
L’eau continua obstinément à monter et la vieille dame pieuse accéda alors au balcon de son 2ème étage. Des pêcheurs en barque, venus prêter main forte, l’aperçurent et s’approchèrent pour la hisser sur leur bateau. Elle s’y refusa catégoriquement disant qu’elle était très croyante et que Dieu viendrait la sauver, qu’Il ne l’abandonnerait jamais.
L’eau monta encore et l’incroyable bigote alla se réfugier sur le toit, accrochée à la cheminée, priant toujours Dieu de venir la sauver.
C’est alors qu’un hélicoptère qui passait la remarqua et s’approcha pour l ‘hélitreuiller mais à nouveau, elle s’y opposa avec entêtement :
« Merci, vous pouvez passer votre chemin et être utiles à d’autres ! Je suis une grande croyante, une bonne chrétienne, je fais le catéchisme aux enfants… et je n’ai pas le moindre doute que Dieu va me sauver ! »
Je pense que vous avez tous deviné l’épilogue de l’histoire que n’avait pourtant pas imaginé une seconde « cette bonne âme » : à la vague suivante, elle fut emportée et périt noyée.
Pas plus tôt arrivée au Paradis, elle fit un scandale terrible et demanda à St-Pierre d’aller lui chercher Dieu. Bon bougre, celui-ci s’exécuta et fut interloqué par ce qu’il entendit :
« Tu es injuste ! C’est immoral ! J’ai passé toute ma vie à Te servir, j’ai été une bonne chrétienne, j’ai fait le catéchisme aux enfants, la quête à la messe, mangé du poisson le vendredi et juste le jour où j’ai besoin de Toi, Tu me laisses tomber lamentablement ! »
Et Dieu lui répondit-il alors avec un brin d’ironie :
« A mon tour de te trouver bien injuste ! en premier, je t’ai envoyé les pompiers, puis les pêcheurs, enfin l’hélico et tu n’en as pas voulu ! Que fallait-il donc faire de plus ? »
Attendre les choses d’une certaine façon est le plus sûr moyen de ne pas les voir.
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LA FOURMI NOIRE et LA FOURMI ROUGE
Il était une fois deux fourmis qui habitaient chacune une montagne blanche, d’apparence semblable, séparées par une rivière – d’apparence seulement car une montagne était de Sel et l’autre de Sucre. Néanmoins, le sucre et le sel ont ceci en commun, c’est qu’ils donnent soif et les deux fourmis se rencontraient souvent à la rivière où elles allaient se désaltérer. Elles ne se connaissaient pas pour autant car elles n’avaient échangé jusque là que des banalités de politesse.
Cela tenait au fait que la fourmi qui vivait sur la montagne de Sel était toujours pressée. D’un naturel inquiet et besogneux, elle n’arrêtait pas d’amasser et d’amasser pour l’hiver.
L’hiver sera long et dur cette année ! prédisait-elle comme tous les ans en charriant des
fardeaux plus gros qu’elle.
Tout ce surmenage l’avait peu à peu aigrie. Elle était toujours habillée de noir et ne supportait pas les personnes insouciantes, en particulier ces cigales qui n’arrêtent pas de chanter tout l’été ! …
Quant à l’autre fourmi toute de rouge vêtue, elle était d’un caractère rieur et décontracté. Forte et autonome, elle refusait catégoriquement le travail à la chaîne qui est très courant chez les fourmis. Elle ne se souciait guère du lendemain comptant sur la Providence en savourant l’instant présent.
Un jour qu’elle se désaltérait en sirotant l’eau de la rivière avec une paille, confortablement allongée sur l’herbe grasse, elle fut interpellée par la fourmi noire :
Je n’en puis plus. Je suis à bout. Je n’arrête pas de courir du soir au matin ! Je suis
complètement épuisée, vidée ! Ah, que j’aimerais prendre la vie du bon côté comme toi ! Dis-moi, quel est ton secret ? Vois-tu, je n’arrive même plus à supporter les enfants. D’ailleurs, ils
sont insupportables, ils n’écoutent rien. J’ai le petit dernier qui a eu un accident. Figure-toi, il s’est fait écraser par un 44, un gros soulier énorme en traversant hors du passage clouté. Résultat, il a quatre pattes dans le plâtre ! Ah, que je suis malheureuse !
Mais dis-moi ton secret, je t’en prie. Comment peux-tu rester aussi calme, aussi relax alors que les graines se font rares, que la saison a été mauvaise et que l’hiver est déjà là ?
La fourmi noire et la fourmi rouge - 2 -
La fourmi rouge lui répondit alors :
A mon avis, c’est ton régime qui ne te convient pas. Du sel, toujours du sel, c’est bien
connu, c’est mauvais pour les artères. Tu devrais venir faire chez moi une petite cure de sucre.
Je t’invite. Tu verras, tu iras tout de suite beaucoup mieux !
Ah, j’aimerais bien, mais je n’ai pas une minute à moi et puis dis-moi au fait, ce Sucre
dont tu me parles, c’est comment ? quel goût a-t-il ?
Cela ne servirait à rien que je te le décrive. Le mieux en fait, c’est que tu y goûtes. C’est
une expérience que nous devons tous faire, c’est une expérience d’une incroyable douceur et qui nous remplit complètement de bonheur. Allez, viens !
Le temps de ranger la maison, de préparer le repas, de prévenir la famille, de faire ma
valise et j’arrive !
Tu sais, tu n’as pas besoin de valise, mais si tu en emmènes une, qu’elle soit donc la plus
légère possible.
La fourmi noire rentra chez elle partagée entre le désir et la crainte : « Qu’est-ce que tu vas bien faire là-bas ? tu es complètement folle ! et que vont dire la famille, les amis ? Jamais quelqu’un de notre caste et de notre éducation n’est allé vivre sur la montagne de Sucre …
c’est qu’il doit bien y avoir une raison ! Et puis, ce qu’elle appelle le « Sucre », c’est peut-être pas si fameux que ça et si ça lui convient à elle, il n’est pas du tout dit que ça me réussisse ! »
Les idées se bousculaient dans sa petite cervelle de fourmi et bientôt elle eut cent raisons les unes les plus valables que les autres pour ne plus y aller. Et sans nul doute serait-elle restée
là - si quelque chose d’indéfinissable qui montait du plus profond d’elle - ne l’avait poussée à partir.
Elle fit donc son baluchon et se souvint des recommandations de la fourmi rouge, mais partir sans rien du tout - après une vie entière d’économie et de prévoyance - lui était impossible. C’était trop pour elle ! Elle laissa sa besace mais ne put s’empêcher de dissimuler à l’intérieur de ses joues, deux grains de sel et même un troisième au fond d’une dent cariée, sait-on jamais ! La prudence est chez les fourmis, une vertu héréditaire.
Sur ce, elle partit en courant sans se retourner, d’un trait jusque chez la fourmi rouge qui l’accueillit chaleureusement. Elle la félicita sur sa bonne mine, sur ses bonnes joues (la fourmi noire ne put s’empêcher de rougir quelque peu) et lui demanda des nouvelles de toute la famille.
Vint enfin le moment du repas. La fourmi rouge avait préparé avec beaucoup d’amour des mets succulents, tous garantis « pur sucre » et du plus raffiné, celui que l’on trouve seulement en creusant profond dans la montagne.
La fourmi noire goûta un peu à tous les plats du bout des mandibules sans paraître le moins du monde étonnée.
Alors, comment trouves-tu ma cuisine ?
La fourmi noire et la fourmi rouge - 3 -
Pas mauvaise, mais entre nous, ton Sucre, ça ressemble bigrement au Sel !
La fourmi rouge intriguée, eut alors un soupçon qui se transforma vite en certitude. Elle
sourit avec indulgence à la fourmi noire et lui dit :
Ouvre un peu la bouche. Par hasard, un grain de sel ne serait-il pas resté coincé entre
tes dents et ne déformerait-il pas ainsi ton goût ?
Figures-toi ! rétorqua la fourmi noire, rouge de confusion.
Bon, mais à ta place, j’irais quand même me brosser les dents, sait-on jamais !
Elle se souvenait maintenant qu’elle aussi était arrivée avec sa petite réserve clandestine de sel quand, voici quelques années déjà. elle avait quitté la montagne de Sel pour celle de Sucre.
La fourmi noire obéit : à quoi bon résister davantage ? D’ailleurs elle n’avait plus le choix maintenant… Quand elle revint, son hôtesse lui offrit comme pousse-café de la liqueur d’Ambroisie qui passe pour être la boisson des Dieux. Elle porta la coupe à ses lèvres, but quelques gorgées et ferma les yeux.
Pour la première fois de sa vie, la fourmi noire faisait l’expérience du Sucre et de sa douceur. Elle resta un long moment comme cela, immobile, les yeux clos, puis de grosses larmes roulèrent, son cœur ouvrait la bonde et tout son amour, si longtemps prisonnier, se déversait en cascade. Pour la première fois de sa vie, ses larmes n’étaient plus amères ni salées.
Elle rouvrit alors ses yeux tout mouillés, sourit et dit seulement :
Quel nectar !
Et les jours suivants, la fourmi noire savoura encore le nectar et trois autres spécialités comparables. Ce régime lui convenait parfaitement. Elle perdit la fâcheuse habitude de mettre son grain de sel partout et finit même par en oublier complètement le goût. En même temps, une véritable transformation s’effectuait en elle-même. Elle chantait toute la journée, ses problèmes s’étaient estompés comme par enchantement.
A la fin, elle troqua sa robe noire de deuil qu’elle trouvait maintenant trop triste contre une superbe robe rouge qui lui allait à merveille. Sa métamorphose était terminée.
Francis
Contes inspirés d’histoires racontées par Mr Prem Rawat lors de ses Conférences
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Contes pour tous
L A V A C H E
Il était une fois (comment pourrait-il en être autrement dans un conte) il y a très longtemps, un Maître qui parcourait le monde accompagné d’une vache qui le suivait partout comme un petit chien.
Elle ressemblait à toutes les vaches que vous connaissez avec - une belle paire de cornes effilées qu’elle portait fièrement sur la tête, de beaux yeux paisibles et profonds – et de plus, un charme indéfinissable …
Le Sage invitait tout le monde à venir goûter au lait de sa vache qui avait pour vertu d’étancher la soif, de rassasier la faim - bref, de les combler - mais seuls les gens sincères, assoiffés de liberté, de paix, de justice et d’amour, accouraient.
La nouvelle s’était vite propagée et à chaque étape du Maître, les gens se précipitaient de plus en plus nombreux pour bénéficier des bienfaits de la merveilleuse potion.
Le Maître, la vache et chaque personne qui venait, constituaient un triangle magique qui avait le pouvoir de repousser les doutes, la peur, la souffrance, la tristesse en ouvrant la bonde du cœur d’où l’Amour coulait à flot et les enivrait. Ils goûtaient alors au bonheur parfait, au paradis terrestre en quelque sorte.
Mais cette félicité fit tâche d’huile et finit par inquiéter certains dirigeants qui firent disparaître le Maître et la vache, du moins, le pensèrent-ils (d’aucuns prétendent même qu’ils le crucifièrent).
Et petit à petit, le monde retomba dans les ténèbres.
Depuis ces temps lointains, quelques personnes écrivirent bien des choses à ce sujet … plutôt n’importe quoi ! Les traductions successives en diverses langues étrangères n’arrangèrent rien !
Toujours est-il qu’ intentionnellement ou pas, le message du Maître se trouva notablement déformé et dénaturé (un peu comme dans ce jeu de société qui consiste à dire, à voix basse, une phrase à une première personne qui la transmet à l ‘oreille d’une deuxième, toujours à voix basse et ce, jusqu’à la dernière personne. La phrase finale - qu’elle entend et comprend - n’a souvent plus rien à voir avec l’ initiale.)
De plus et de toute façon, le lait de la vache, si savoureux, si crémeux, si parfumé par les herbes des alpages n’était plus là pour apporter ses bienfaits, pour lutter contre la décalcification, le rachitisme et … l’atrophie du cœur.
Qu’à cela ne tienne, on remplaça le lait de vache par du lait en poudre, chimique de surcroît, qui occasionna beaucoup de troubles et de carences de toutes sortes - qui entraînèrent immanquablement la perte de tout élan vital, espoir et joie de vivre.
Tant bien que mal (plutôt mal que bien), les hommes réussirent à survivre en se racontant les histoires du Maître et de la vache devant … un insipide bol de lait … de poudre instantanée.
Bref, cette vache virtuelle - née de leur imagination - n’avait plus rien à voir avec l’authentique. Jugez-en plutôt, elle avait maintenant :
minimum six paires de cornes en or,
des mamelles qui ressemblaient à celles de la louve de Romulus et Remus,
sept queues tressées d’or et de soie,
des sabots en argent etc …
Tant et si bien, qu’environ deux mille ans après, quand on signala la présence sur cette Terre d’un étrange tandem composé d’un Sage et d’une prétendue vache qui sillonnaient le monde, les gens accoururent mais très peu furent capables de les reconnaître, surtout ceux qui avaient une grande connaissance de textes sacrés concernant la Vache.
Comment aurait-il pu en être autrement ?
L’animal ne correspondait pas à son signalement(le nombre de cornes et de queues, les mamelles … étaient différents) ni d’ailleurs le Maître à son portrait-robot.
Ainsi la plupart, incrédules et méfiants, se moquèrent et l’accusèrent de faux prophète !
Seuls les gens simples qui avaient gardé un cœur d’enfant, vinrent s’abreuver
au lait bienfaisant, à l’inégalable saveur que leur tendait le Maître. Ils en furent régénérés et repartirent, le cœur joyeux.
Francis D.
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LE PAYS DE LA LUMIERE
Contes pour tous
Il était une fois un couple de hiboux qui avait élu domicile dans le creux d’un vieux saule sur les bords d’un grand lac. Ils eurent bientôt des enfants.
Les bébés-hiboux naissent les yeux fermés pour ne les ouvrir que beaucoup plus tard et seulement à la tombée de la nuit. De ce fait, la vie n’est jamais rose pour un petit hibou et, comme toutes les nuits, alors qu’ils s’apprêtaient à « broyer du noir » en attendant le retour de leurs parents, ils aperçurent dans le ciel, du côté du couchant, comme une voile blanche qui filait à toute vitesse.
Elle fit le tour du lac et, tout à coup, se posa en souplesse dans l’eau juste au pied du saule.
Pris de panique, ils se blottirent tout au fond du nid, puis au bout d’un moment, ils étirèrent prudemment leur cou pour jeter un œil et puis l’autre, hors du nid. Le spectacle qui s’offrait à eux était éblouissant et merveilleux, tellement éblouissant qu’ils clignèrent des paupières et tellement merveilleux qu’ils se frottèrent longtemps leurs gros yeux tout ronds d’étonnement avant d’y croire : ce qu’ils avaient pris pour une voile n’était autre qu’un oiseau, mais quel oiseau ! Jamais ils n’avaient vu le même et jamais, ils n’auraient pu imaginer qu’il pût en exister un semblable !
Il ressemblait à une caravelle qui se balançait majestueusement sur les eaux. Il lissait soigneusement ses plumes d’un blanc immaculé, son regard était doux.
Les petits hiboux, attirés par la grâce et la paix qui émanaient de l’animal, s’enhardirent jusqu’à lui demander qui il était, d’où il venait et où il allait – qui sont les trois questions existentielles depuis la nuit des temps :
Je suis un cygne ! leur répondit-il gentiment.
Je viens du Pays de la Lumière et je retourne au Pays de la Lumière.
Le Pays de la Lumière ! répétèrent-ils en chœur pleins d’admiration, le Pays de la Lumière !
Ils ne connaissaient pas ce pays, ils ne connaissaient pas ce qu’était la lumière non plus et pourtant, au fond d’eux-mêmes, ces mots avaient une résonance magique.
Cygne, parle-nous du Pays de la Lumière !
Le cygne les considéra avec bonté et tendresse :
Il est très difficile de concevoir - particulièrement ce pays - tant qu’on ne l’a pas visité
mais je vais quand même essayer ….
Le Pays de la Lumière - 2 -
Il leur raconta que ce pays était gouverné par un Roi, infiniment bon qu’on appelait le « Soleil », qui réchauffait et éclairait toute chose.
Que veut dire « éclairer » ? questionnèrent-ils.
Il a le pouvoir de chasser les ténèbres (de donner la couleur et la saveur et la vie aux choses).
Il leur parla du ciel bleu, des petits nuages roses qui jouaient à cache-cache derrière les grands pins verts, de la blancheur de neige des arbres fruitiers en fleurs, de la saveur des pêches rouges et des raisins noirs ou blancs gorgés de sucre par la magie du Soleil …
Les petits hiboux qui écoutaient de toutes leurs oreilles ne comprenaient pas très bien – mais ils étaient ravis, enchantés, fascinés, envoûtés ! Ils firent promettre au cygne de revenir pour leur parler encore de son pays merveilleux, puis ils s ‘endormirent et firent de beaux rêves …
A leur réveil, ils assaillirent leurs parents de questions après avoir conté leur extraordinaire aventure.
Mais, les enfants, ce sont des histoires à dormir debout que vous nous racontez là ! Vous
avez rêvé, c’est tout.
Les petits hiboux n’insistèrent pas : mieux vaut ne pas trop contrarier les parents quand ils sont un peu énervés d’autant que le doute les avait quelque peu envahis : « Après tout, n’avaient-ils pas effectivement rêvé ? Enfin, ils verraient bien si le cygne reviendrait ! »
Et l’attente commença, longue, pénible, angoissante …
Ils commençaient à désespérer quand ils entendirent comme un sifflement suivi d’un déplacement d’air et de quelques vagues sur le lac. Le cygne était là, superbe, comme tombé du ciel !
Leur cœur battait très fort : c’était bien lui, il n’y avait pas de doute !
Ils se donnèrent quelques rapides coups de bec pour bien s’assurer qu’ils ne rêvaient point et
supplièrent :
S’il te plaît, parle-nous du Pays de la Lumière !
Et le cygne leur parla encore des montagnes mauves piquetées du corail des rhododendrons, des cascades de cristal aux reflets argentés, des rouges orients aux couchants flamboyants qui
tracent sur l’immensité des mers d’étranges chemins tendus de velours orangé qui débouchent sur l’Infini - sans oublier l’arc- en- ciel - ce grand éventail multicolore que déploie le Soleil quand il fait sa roue après l’orage, reliant dans une harmonie parfaite de couleurs, ciel et terre.
Au fur et à mesure que le cygne parlait, une chaude douceur, un bien-être indéfinissable, une paix, un calme profond avaient envahi les petits hiboux tandis que leur cœur n’en finissait pas de gonfler : il était prêt à éclater d’amour, leur poitrine était trop petite et leur faisait mal.
O Cygne, emmène-nous avec toi, emporte-nous dans ton Royaume, nous voulons connaître le
Pays de la Lumière !
Le Pays de la Lumière - 3 -
Mais le cygne s’éloigna sans rien dire. Les petits hiboux étaient désespérés : « Reviendra-t-il jamais ? ». Dès que leurs parents arrivèrent, ils se ruèrent sur eux au comble de l’excitation.
Le cygne, le cygne ! Il est revenu ! Le Pays de la lumière ! Les cascades dorées ! L’arc-en-ciel
qui unit la terre au ciel ! L’infini ! L’amour !
Les parents étaient affolés : « Ils délirent, ils doivent avoir la fièvre, ils ont dû attraper un méchant virus, il doit y avoir trop d’humidité près de cet étang, le climat ne doit pas leur convenir ! »
Ils appelèrent le médecin-hibou de service qui resta perplexe et qui, à tout hasard, prescrivit un tranquillisant. Il rassura aussi les parents en leur disant que c’était une maladie de jeunesse qui passerait avec l’âge. Erreur de diagnostic !
Le mal empirait de jour en jour : les petits hiboux ne se contentaient plus de parler du Pays de la Lumière mais ils voulaient y aller maintenant ! Et puis, ils en parlaient partout ! Déjà les voisins ne voulaient plus laisser leurs petits hiboux les fréquenter.
Ils en parlaient n’importe où. A l’occasion de la Fête religieuse de la Lune qui rassemble dans des rites sacrés tous les hiboux et les chouettes du Pays, ils avaient demandé à la Communauté si quelqu’un n’avait pas entendu parler du Pays de la Lumière ! On s’était moqué d ‘eux !
Le grand Chef leur avait fait les gros yeux en fronçant les sourcils et avait tancé
vertement les parents « qui ne savent plus élever les enfants dans le respect de morale et de la morale et de la tradition ».
Seul un très vieil hibou couvert de poussière et de toiles d’araignée se souvenait
qu’un arrière-arrière-grand-père à lui avait connu le Pays de la Lumière et qu’il
savait comment y aller mais qu’il n’avait jamais retrouvé les cartes qui
permettaient de s’y rendre. Mais comme il était déjà passablement gâteux,
personne ne donna du crédit à ses paroles sauf … les petits hiboux, évidemment, dont le désir s’en était trouvé encore accru. Et comme par hasard, ce soir-là, le cygne leur apparut dans toute sa splendeur, dans toute sa gloire, dans toute sa grâce ! Immaculé !
Emporte-nous dans ton Royaume ! Emporte-nous ! entonnèrent-ils ensemble.
Le cygne leur fit signe d’un clin d’œil complice et étendit une de ses ailes jusqu’au nid. Les petits hiboux sautèrent sur cette passerelle improvisée et vinrent se blottir dans le chaud duvet de son dos.
Avant de prendre son envol, il leur demanda s’ils ne regretteraient pas ce monde, les parents, la famille :
Oh non ! ce monde est fou et en plus, nos parents devaient nous conduire chez le
psychanalyste demain. Ils nous disent que ça n’existe pas le Pays de la Lumière, que ça ne peut pas exister puisque pas une chouette, pas un hibou, pas un grand duc n’y est allé !
Le cygne leur sourit avec compréhension. Les petits hiboux fermèrent les yeux et le voyage sans
retour commença. Combien de temps ce voyage dura-t-il ? Ils ne pouvaient le dire …
Mais quand ils ouvrirent leurs yeux, ils demandèrent au cygne :
Le Pays de la Lumière - 4 -
Quand arriverons-nous ?
Mais vous êtes déjà arrivés !
Mais comment se fait-il que nous ne voyions rien ?
Attendez, détendez-vous, laissez vous faire …
Et de l’extrémité d’une de ses rémiges, il décilla leurs yeux :
Voyez-vous maintenant ?
Je vois une toute petite lueur, dit l’un d’eux.
Oh ! moi aussi, dit un autre.
Et petit à petit, leurs yeux s’accoutumèrent à la clarté et ils distinguèrent un paysage merveilleux.
Ils étaient sur les bords d’un très grand lac aux eaux émeraudes. Pas une ride sur le lac : c’était un miroir parfait dans lequel venaient se refléter les nuages du ciel et la neige des montagnes. Et la
terre et l’eau et le ciel ne faisaient qu’un et le Soleil inondait le tout de sa grâce.
Mais où sommes-nous ? Tu as dû nous emmener très loin de l’endroit où nous étions ?
Le cygne désigna un saule à la grosse écorce grise et rugueuse, aux feuilles allongées couleur argent :
C’est votre maison, leur dit-il.
Les petits hiboux ne purent retenir un frisson :
Et si nos parents nous reconnaissaient ?
Aucune crainte ! dit le cygne. Ils ne peuvent pas vous reconnaître parce que vous n’êtes plus
les mêmes. Vous êtes pour eux aussi différents que le paysage que vous aviez l’habitude de voir tous les jours et celui-ci.
C’était trop beau ! cela allait trop vite pour leur petite tête de hibou. Ils s’abandonnèrent complètement à ce nouvel état et connurent bientôt un bonheur indicible.
Au bout de quelque temps, les petits hiboux demandèrent s’ils ne pourraient pas revoir leurs parents qui devaient être bien tristes et pour leur parler du Pays de la Lumière : maintenant que nous l’avons vu, ils nous croiront !
Patience ! dit le cygne. Pour le moment, vous ne pouvez rien pour eux. Mais si au lieu de subir
l’influence néfaste de la Lune, vous choisissez celle bénéfique du Soleil, alors, peu à peu vos plumes vont devenir aussi blanches que les miennes. Alors seulement, vous pourrez aller vers eux et témoigner du Pays de la Lumière. Alors seulement, ils pourront voir par eux-mêmes et vous croire, pas avant ! Les hiboux firent tant et si bien qu’un jour, en survolant le lac, le reflet renvoyé par ce miroir aquatique n’était plus d’un gris sale mais d’un blanc pur. Ils en furent tout étonnés.
C’est le moment ! pensèrent-ils
Et ils retournèrent vers les leur et c’est là que la magie opéra : en les voyant arriver dans leur blancheur immaculée, tous surent que le Pays de la Lumière existait et voulurent à leur tour le découvrir pour danser avec eux, dans leur cœur, au rythme de la joie et du bonheur.
Francis D.
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Il était une fois, pas une de plus - pas une de moins,
un homme qui, après avoir visité un monastère bouddhiste, se vit offrir en souvenir un médaillon à l’effigie du Bouddha.
Rentré chez lui, ne sachant trop qu’en faire, il vit passer le chat et eut l’idée de le lui accrocher au cou. Quant à ce chat, il faut bien dire qu’il était particulièrement redoutable et redouté des souris de la maison : il les dévorait à belles dents après avoir joué avec elles - avec un sadisme poussé jusqu’au dernier degré du raffinement de la cruauté (d’ailleurs l’expression « jouer au chat et à la souris » viendrait de là). Patient, rusé, se déplaçant sans le moindre bruit
- transparent ou invisible - tant son art de se dissimuler atteignait la perfection et les souris vivaient dans un état de « stress » permanent qui était chez elles responsable de dépressions nerveuses, suicides et infarctus ! elles n’osaient même plus sortir de leur trou pour chercher leur nourriture et l’on raconte que certaines étaient déjà mortes de faim !
Néanmoins, ces souris étaient très pieuses et priaient beaucoup le Seigneur soit seules, soit en groupe (c’est à cette occasion que sont nés les groupes de prière) pour qu’elles soient débarrassées d’une façon ou d’une autre de ce diable poilu et moustachu qui les terrorisait et les traumatisait. Et à force de prier avec humilité et sincérité, leurs prières finirent par être entendues en « haut lieu » et apparemment exaucées (c’est du moins ce que décréta la grande prêtresse des souris quand elle vit le chat porter le Bouddha autour du cou).
Elle fit alors sonner les cloches, réunit toutes ses ouailles – pardon ses souris - et au comble de l’exaltation mystique, entre deux alléluias, annonça que le miracle tant attendu était enfin arrivé, que leur hydre assoiffé de sang de souris s’était converti au bouddhisme - preuve à l’appui le Bouddha en pendentif - et que de ce fait, il était nécessairement devenu non violent et qui plus est, végétarien. Autant de bonnes raisons pour reconnaître à travers cet événement la manifestation de la Sagesse et de la Bonté divine qui les libéraient d’une façon élégante du monstre (car on peut bien l’avouer ici - dans leurs prières pleines d’Amour envers le Seigneur - elles en étaient venues à souhaiter la mort du chat, ce dont elles se repentaient bien évidemment).
Toujours est-il que « leur calvaire était enfin terminé ! » (la grande prêtresse l’avait proclamé) et qu’ « il fallait maintenant organiser une grande fête de remerciements ».
L E C H A T B O U D D H I S T E
( suite et fin)
Le « téléphone souris » fonctionna à la perfection de trou en trou et le soir même, endimanchées, pomponnées, parfumées, le chapelet fraîchement astiqué entre les doigts et le missel sous le bras, la gent souris fut fin prête pour la grand-messe.
Cependant, on n’osait guère s’aventurer hors de son trou (la foi a quand même ses limites) d’autant que le matou trônait en pleine vue au beau milieu du grenier, les yeux clos (ou plutôt mi-clos – à y voir de plus près) .
Aveuglée par la Foi, la grande prêtresse harangua alors ses troupes pacifistes :
Souris de peu de Foi, sortez de vos trous ! venez sans crainte louer le Seigneur et le
remercier pour ce miracle !
Mais personne n’osait toujours avancer … Désignant le chat, elle s’écria encore :
Espèces d’incrédules ! ne voyez-vous donc pas qu’il médite !
Cet argument massue finit par décider la troupe qui s’avança naïvement vers le chat.
Quand toutes furent enfin sorties de leur trou, suffisamment près de lui, le matou tel un fauve bondit et ce fut le plus grand carnage de tous les temps, une vraie boucherie, du sang partout, des tas de cadavres et d’agonisants dans des plaintes horribles – bref, la Saint-Barthélemy des souris !
L’une des rares survivantes qui avait pu se traîner jusqu’à son trou malgré d’atroces blessures - apercevant la grande prêtresse des souris qui avait dirigé fort prudemment les manœuvres, bien à l’abri depuis l’arrière (comme tous les chefs) – lui demanda des comptes.
Immédiatement et d’une voix péremptoire, elle lui donna alors l’explication du désastre :
Ma pauvre ! les temps ne sont plus ce qu’ils étaient ! tout change, quel malheur :
ou les bouddhistes ne sont plus non violents
ou les bouddhistes ne sont plus végétariens
ou pire encore, les deux à la fois !
Francis D.
Contes inspirés d’histoires racontées par Mr Prem Rawat lors de ses Conférences
ou 05 56 09 89 76
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Publié le 12/08/2008 à 12:00 par magiedumoment
LE CHIRURGIEN ESTHETIQUE
ET LA MORT Contes pour tous
Il était une fois (il ne pouvait en être
autrement dans un conte) un chirurgien très habile qui avait la phobie de la Mort.
Plus il avançait en âge, ce n’était pas la Sagesse qui grandissait mais plutôt son angoisse à l’idée
d’avoir à quitter ce monde.
Cette pensée le torturait maintenant jour et nuit et quand il parvenait enfin à s’assoupir un peu, il
était toujours assailli par le même horrible cauchemar dans lequel la Mort, d’un sourire racoleur et narquois, l’invitait à le suivre l’obligeant à lui remettre ses diplômes, sa notoriété, son pouvoir, ses richesses ! … C’en était trop et chaque fois, il se réveillait en sursaut, couvert de sueur, hagard et
incapable de distinguer entre rêve et réalité.
A force de se triturer les méninges, un jour ou une nuit - peu importe - l’idée lumineuse lui vint :
Je vais me créer trois sosies !
Vraiment très doué en chirurgie esthétique, il apporta à la réalisation de son œuvre un soin infini
- sa vie en dépendait. La ressemblance fut parfaite ( il était autrement plus fort que le créateur de Frankenstein !).
Quand il sentit le moment fatidique arriver, il alla s’allonger près de « ses copies » et retint son
souffle.
Je ne vous dis pas la stupéfaction de la Mort ! Elle n’en croyait pas ses orbites !
Elle eut beau gratter de l’extrémité de ses doigts décharnés son crâne scalpé et faire cent fois le
tour des quatre « cadavres », elle ne sut lequel prendre ! Elle était d’autant plus ennuyée que,
comme vous le savez, le règlement lui interdit formellement « de prendre plus d’un mort à la fois »
(les places sont strictement nominatives et en aucun cas interchangeables).
Jusqu’ici « le service de ramassage » avait toujours parfaitement fonctionné, aucune réclamation !
C’était la première fois de sa vie que la Mort était prise en défaut.
Mais elle avait plus d’un coup de faux dans son sac ! ce n’était pas une débutante ; elle avait fait
mourir tellement de gens que fatalement elle connaissait bien les êtres humains et opta donc pour
la ruse.
Le chirurgien esthétique et la Mort
(suite et fin)
- Félicitations Docteur ! tu as fait là un travail incroyable, parfait, incroyablement
parfait ! Sublime ! Tu es un vrai « trompe-la-mort » ! dit-elle avec humour. Je vais te décerner
la médaille du mérite. De toute ma déjà très longue carrière, je n’avais jamais été prise en défaut. Sportivement, je m’avoue battue.
Pendant ce temps, les yeux fermés, retenant sa respiration, le chirurgien jubilait ; il était tout
gonflé d’orgueil.
Oui vraiment, reprit-elle en continuant de tourner autour, c’est parfait, vraiment parfait !
Puis, se penchant un peu plus, elle ajouta :
Enfin, presque parfait. Oh ! que c’est dommage, vraiment dommage cette toute petite
erreur de rien du tout !
En entendant ces dernières paroles, le sang du chirurgien se glaça :
Comment serait-ce possible ? pensa-t-il sans broncher (se sachant guetté par la Mort).
Celle-ci renchérit alors malicieusement, sadiquement même, dans un insoutenable jeu du chat et
de la souris et un véritable suspense à la Hitchcock.
Une idée géniale mise au service d’un travail d’artiste effectué avec tant de minutie et
tout ça gâché par un petit rien, un trois fois rien, une bêtise…
Le chirurgien était sur les charbons ardents ou sur le gril si vous préférez (un avant-goût de
l’Enfer en quelque sorte) à la limite de l’apoplexie, sur le point de craquer :
Quelle bêtise aurais-je bien pu faire ? se dit-il (son orgueil n’en pouvant plus).
Comme pour l’achever, la Mort commentait encore à haute voix :
Quel dommage, quel gâchis et tout ça pour une vétille, une toute petite bêtise de rien du
tout, mais bêtise tout de même et qui change tout ! Une erreur mortelle en somme !
Ca en fut trop ! bref … « la goutte qui fait déborder le vase » !
Notre chirurgien ne put alors s’empêcher de questionner :
- Quelle bêtise à la fin ?
Vive comme l’éclair, la Mort brandit sa longue faux et répondit :
- Celle-là !
Et elle « moissonna » , d’un seul coup d’un seul, le prétentieux chirurgien.
Francis D.
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Publié le 12/08/2008 à 12:00 par magiedumoment
LE MIROIR MAGIQUE
Contes pour tous
Il était une fois, deux fois et même plus dans un pays très isolé, coupé de toute civilisation, un Sage qui vint se baigner à la rivière. Il déposa ses vêtements et
son sac sur la berge et plongea dans une eau aussi limpide que rafraîchissante.
Tandis qu’il nageait, des paysans qui travaillaient dans un champ voisin s’approchèrent et l’un d’eux, par simple curiosité, fouilla le sac et mit la main sur un miroir - objet complètement inconnu dans cette contrée reculée.
Quand il le présenta devant son visage, il crut défaillir de surprise. Ca dépassait tout son entendement, il y vit - son père bien-aimé - disparu depuis plusieurs années !
Quel bonheur ! il n’avait jamais pu se consoler de sa perte et lui vouait depuis, un véritable culte. Sans dire mot à personne ni être vu, il mit prestement le miroir dans sa poche et précipitamment rentra chez lui. Profitant qu’il n’y avait personne à la maison, il l’installa sur son autel dans la chambre et ne put le quitter des yeux. Pas de doute ! c’était bien son père qu’il priait tous les jours ;
trait pour trait, il lui ressemblait ! Il était complètement fasciné et pris d’une intense émotion.
Il ne dit rien à sa femme mais très vite, son intuition féminine la remplit de craintes. D’ailleurs,
il avait bien changé : au lieu de lui accorder tout son temps en tendresses et promenades comme autrefois, il la délaissait, ne causait presque plus - toujours absorbé dans ses pensées - et passait le plus clair de son temps, enfermé dans la chambre. N’y tenant plus, elle alla un jour qu’il s’était absenté, inspecter la chambre de fond en comble à la recherche de quelque indice confirmant l’affreux doute qui la taraudait : « Ne serait-il pas tombé amoureux d’une très belle femme ? »
Et bien non, rien ! point d’écrit compromettant, point de parfum de femme ni de cheveux suspects sur ses habits ! Comme elle s’en allait alors, rassérénée, elle prit machinalement le miroir et le porta
à son visage. Ses jambes se dérobèrent soudain : elle aperçut devant elle, le souffle littéralement coupé, la plus belle femme qu’elle n’ait jamais vue. Tous ces soupçons se trouvaient vérifiés, hélas !
« Le misérable ! Après tant d’années d’amour fou, de tendresse et de dévouement ! »
On lui avait bien dit de se méfier des hommes mais son cœur pur avait toujours refusé d’y croire.
Immédiatement elle courut chez le prêtre lui conter sa mésaventure, la preuve entre les mains. Quand elle tendit le miroir à celui-ci, patriarche de fort belle allure, aux longs cheveux argentés comme sa barbe et aux yeux bleus clairs remplis de joie et de bonté - instantanément - il y reconnut ce Dieu qu’il priait depuis toujours. Enfin, il lui faisait la Grâce d’apparaître, exactement sous les mêmes traits qu’il avait imaginés.
Il confisqua le miroir et le déposa avec dévotion sur son autel ce qui ne plut pas à la femme, pas plus qu’à son mari d’ailleurs. On évita de peu l’émeute.
Fort heureusement, le Sage appelé en toute hâte, leur tint ce discours :
La beauté que chacun a pu voir dans ce miroir n’était en fait qu’un reflet de sa propre beauté.
Le beau jeune homme, celui qui ressemblait tant à ton père, c’était toi !
La belle jeune femme, celle que tu as prise pour la maîtresse de ton mari, c’était toi !
Et enfin, vénérable vieillard, ce Dieu tant adoré, c’était tout simplement toi !
Mais maintenant, mes amis, je dois vous dire qu’il existe un miroir plus magique encore qui permet à ceux qui le désirent sincèrement de contempler leur Beauté intérieure.
Francis
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Publié le 12/08/2008 à 12:00 par magiedumoment
Contes pour tous
Il était une fois ou deux ou trois (à votre convenance, je ne suis point contrariant !) un disciple qui vivait avec son Maître et le suivait partout. Si le Maître avait atteint la Sagesse, ce qui somme toute est bien normal pour un Maître, l’élève, par contre, avait encore pas mal de chemin à parcourir. Ils vivaient donc ensemble heureux - partageant tout - c’est-à-dire pas grand-chose car ils étaient très pauvres.
Chemin faisant le soir venu, ils arrivent à proximité d’une ville où régnait, sur la place du Marché, une grande animation pour ne pas dire agitation : figurez-vous que chaque article exposé était vendu un euro : bref, c’était la ville de la bonne affaire permanente comme Las Vegas est celle du jeu. Et soudain, comme d’un coup de « baguette satanique », tous les désirs enfouis au plus profond de la tête du disciple firent éruption en d’immenses geysers impétueux et dévastateurs. Pêle-mêle lui revint en mémoire la « nécessité absolue » d’avoir Sa chaîne Hifi, Ses DVD, Ses rollers, Sa raquette de tennis en fibre de carbone, Ses bouquins, Ses bonnes godasses de marche et pour mettre fin à cet inventaire à la Prévert - afin de pouvoir transporter le tout - la bagnole de Ses rêves avec vitres teintées et clim !
N’y tenant plus, il fit part de ses intentions au Maître qui le mit en garde :
Une ville où tout est à un euro ne me dit rien qui vaille. A ta place, je resterai
tranquillement à mes côtés. Mais si, néanmoins tu tiens à y aller, sois prudent et appelle-moi
en cas de besoin.
Ils bivouaquèrent aux portes de la ville et tandis que le Maître s’endormait du sommeil du Juste, l’élève ne pouvait fermer l’œil, entraîné dans le carrousel de ses rêves dorés. Trop impatient, dès les premières lueurs de l’aube, il se lève doucement sans réveiller le Maître et se dirige vers la ville. Il n’avait pas fait cent mètres qu’il tombe sur une patrouille qui se précipite sur lui, l’arrête et le jette au cachot en lui annonçant le plus naturellement du monde que le lendemain à l’aube, il serait pendu puisque coupable.
A ce point de l’histoire, il est nécessaire - pour le lecteur - de faire un bref retour en arrière.
Quelque temps auparavant, un berger qui traversait la ville avec son troupeau eut un mouton tué par la chute d’un balcon. Il porta plainte auprès du Roi qui demanda à ce qu’on lui présente le coupable. Le premier interpellé fut l’entrepreneur à qui le Roi tint ces propos :
Demain à l’aube, tu seras pendu, il faut que Justice soit faite : le balcon que tu
as construit a tué en tombant le mouton du berger.
Sire, ce n’est pas ma faute, c’est la faute au maçon !
Qu’on m’amène alors le maçon.
Le pays où tout est à un euro (suite) - 2 -
Mais le maçon se défendit à son tour :
Sire, ce n’est pas ma faute, c’est la faute au berger qui m’a vendu une outre trop
grande si bien que le mortier a été trop dilué ce qui a provoqué la chute du balcon qui a tué le mouton !
Qu’on aille donc me chercher le berger.
A nouveau, le Roi décida et ordonna :
Demain à l’aube, tu seras pendu, il faut que justice soit faite : tu as vendu au
maçon une peau de mouton trop grande pour en faire une outre, les proportions de son mortier en furent complètement faussées, le balcon s’est effondré et a tué le mouton de ton collègue.
Sire, Sire, ce n’est pas ma faute ! rétorqua-t-il.
C’est ton Général en Chef des Armées qui doit être pendu ! En effet, il a traversé à cheval mon troupeau pendant que je choisissais le mouton dont la peau allait servir d’outre au maçon. Il a affolé toutes mes bêtes et du coup, j’ai attrapé le mauvais mouton d’où une mauvaise outre et un mauvais mortier à l’origine de l’effondrement du balcon et de la mort du mouton.
Qu’on aille me chercher le Général.
C’est vrai ! reconnut sportivement celui-ci.
Mais, Sire, avant de commettre l’irréparable, réfléchis bien aux conséquences néfastes de ton acte. Si tu me pends demain, ça va se savoir et dès que la nouvelle sera connue, les rois voisins vont t’attaquer et sans son chef, ton armée sera vaincue, tu perdras ton trône et peut-être la vie avec !
Devant la puissance de ce raisonnement irréfutable, le Roi décida et ordonna enfin que la première personne qui serait trouvée sur le chemin de la ville le lendemain matin serait pendue car tout de même, il fallait bien que « Justice soit faite » !
Et comme vous l’avez deviné, notre disciple fut cette personne-là : il eut beau plaider non coupable, supplier, tempêter, il fut jeté sur la paille humide du cachot sans autre forme de procès.
Les paroles du Maître lui revinrent alors en mémoire : « Une ville où tout est à un euro ne me dit rien qui vaille, je te conseille de rester avec moi. »
Une fois de plus, que ne l’ai-je écouté ! gémit-il.
Dans sa rage, il se mit à hurler, à tirer comme un fou sur les barreaux, à donner de grands coups de pied dans la porte, mais le tout était solide. Epuisé, il s’endormit. Mais l’angoisse le tira du sommeil. L’aube pointait à peine. Il distinguait à travers les barreaux qu’on s’activait ferme sur la place de la prison et que déjà, la potence était dressée. Le bourreau vérifiait la qualité et la solidité de la corde. La panique le reprit, il ne voulait pas mourir, surtout comme ça, c’était vraiment trop bête.
Alors lui revinrent les recommandations du Maître :
Si tu as besoin, appelle-moi.
Et bien sûr, il se mit à prier le Maître, à l’appeler de tout son cœur avec une sincérité qu’il n’avait plus connue depuis bien longtemps. Il se souvenait maintenant avec gratitude le merveilleux monde intérieur que le Maître lui avait permis de découvrir, ce trésor qu’il lui avait
révélé et dans lequel il pouvait puiser tous les jours de sa vie.
Le pays où tout est à un euro (suite et fin) - 3 -
Dans un éclair de lucidité, il se reprochait son inconscience : « Etre riche de ce trésor incommensurable et continuer à faire les poubelles du « tout à un euro » c’est trop triste, vraiment impardonnable, incurable ! … »
Mais les minutes passaient, les heures même passaient et la gorge serrée, il s’aperçut que la place grouillait de monde pour assister au spectacle dont il serait la vedette malgré lui !
Il entendit alors des pas dans le couloir, un cliquetis de clés, la serrure qu’on ferraillait. La lourde porte se mit alors à tourner sur ses gonds dans un grincement sinistre. Son sang se glaça, des sueurs froides perlèrent à son front quand un doute mortel l’envahit : « Mon Maître m’a abandonné, il doit en avoir marre de mes bêtises. »
Il faillit s’évanouir quand les deux colosses l’encadrèrent et le conduirent vers le gibet. La foule se mit à hurler en le voyant, au comble de l’excitation : on le montrait du doigt, on l’injuriait, on lui crachait à la figure ! …
On lui fit gravir les marches malgré ses jambes qui se dérobaient et on lui passa la corde au cou.
Au contact rugueux du chanvre sur sa peau, il se dit que cette fois il était bel et bien « foutu » ! Il ferma les yeux et ressentit alors la présence de son Maître : la révolte fit place à une douce quiétude en même temps que montaient en lui une joie, un amour et une immense gratitude.
A ce moment précis, le bruit d’un galop de cheval lui fit ouvrir les yeux et il reconnut le Maître qui s’adressait ainsi au Roi :
Arrête tout, c’est mon disciple, c’est moi qui suis responsable de lui, c’est moi qui
dois être pendu !
Sur ce, il monta prestement sur la plate-forme du gibet, retira le nœud coulant du cou du disciple et fit mine de se le passer autour du sien tout en lui jetant un clin d’œil complice pour feindre de se disputer le droit, l’honneur, le privilège … d’être pendu !
Pendant que tous deux se chamaillaient, les gens n’en croyant pas leurs yeux ni leurs oreilles, firent silence alors que le Roi, très intrigué, s’approcha du Maître et le pressa de questions :
S’il te plaît, pourrais-tu enfin m’expliquer tout ce que cela signifie ?
Le Maître fit mine d’être très embarrassé comme s’il voulait taire un secret.
Le Roi exigea alors que le Maître parle : « Sous la torture s’il le faut ! »
Il se fit prier encore et ce n’est qu’à contre-cœur, sous le sceau de la confidence, qu’il chuchota
à l’oreille du Roi :
Je ne devrais pas te le dire mais puisque tu insistes vraiment, voilà donc ce qui se
passe : en ce moment même, juste au-dessus de nos têtes, précisément au-dessus de ce gibet, les grandes portes perlées du Paradis sont grandes ouvertes pour un très court instant et quiconque meurt maintenant à cet endroit précis va droit au ciel quoi qu’il ait fait dans sa vie.
Comme le Roi ne devait pas avoir la conscience bien tranquille et que de plus, il était le Roi de la bonne affaire - du Pays des bonnes affaires où tout est à un euro - il eut « l’illumination » : il n’allait tout de même pas laisser passer la chance de sa vie, la super affaire et ordonna :
C’est moi qui veux être pendu sur-le-champ !
Ainsi fut fait. Le roi fut pendu, le disciple sauvé qui jura qu’on ne le reverrait plus jamais au pays « où tout est à un euro » … jusqu’à la prochaine fois ?
Francis
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Publié le 12/08/2008 à 12:00 par magiedumoment
Le PRISONNIER et le PETIT OISEAU
Contes pour tous
Il était une fois un homme avec un nez, une bouche, un menton, deux yeux et deux oreilles et même des cheveux. Bref, cet homme ressemblait « tête coupée » à tous les hommes que nous connaissons. Il vivait depuis très longtemps au fond d’une tour sombre aux grands murs épais. Il l’avait bâtie, jour après jour, sans même s’en rendre compte en entassant ses idées, ses théories, ses philosophies, ses concepts, ses croyances … comme le maçon ses briques.
Il ne sortait jamais et pour cause. La porte en chêne massif, bardée de fer, cloutée, était fermée
à triple tour. La serrure était de plus complètement rouillée et l’homme réalisa un jour qu’il était bel et bien prisonnier et qu’en plus, il avait perdu la clef. Et quand on vous dit qu’il avait perdu la clef, cela devait faire bien … bien longtemps car lui-même ne se souvenait même plus l’avoir un jour possédée. Peut-être l’avait-il égarée quand il était petit, alors qu’il s’était essayé à jouer au grand ?
Toujours est-il qu’à partir de l’instant où il s’aperçut qu’il était prisonnier, la vie lui devint insupportable. Il n’avait plus qu’une idée en tête : se libérer …
Se libérer, oui, mais comment ? Il n’avait pas d’outils pour percer les murs, pas plus que pour enfoncer la grosse porte. Il ne possédait pas de corde non plus et d’ailleurs, qu’en aurait-il fait, il n’y avait pas la moindre ouverture ! Néanmoins, il essayait tous les jours de grimper le long des murs et ne s’arrêtait que le soir, les mains ensanglantées, les ongles limés ou arrachés, à bout de force.
Il tournait en rond comme un fauve en cage et se tapait la tête contre les murs, de désespoir.
Parfois il se calmait et arrangeait coquettement sa prison : à quoi bon lutter après tout ! La Sagesse ne consiste-t-elle pas à s’accommoder de ce qu’on a ?
Il passait ainsi quelques périodes calmes mais bientôt un appel qui montait du cœur le rappelait à
son insoutenable condition.
Puis un jour qu’il avait lutté jusqu’à l’épuisement complet de ses forces et que vaincu il s’abandonnait, goûtant à une sorte de douceur incompréhensible, il sentit comme une caresse ou un baiser sur sa joue.
Il ouvrit ses yeux et vit un tout petit oiseau qui s’était blotti contre lui. Il fut très surpris et une
bouffée d’espoir l’envahit soudain :
Mais dis-moi petit oiseau, si tu as pu entrer ici, peut-être que je vais pouvoir en sortir alors ?
Par où donc es-tu entré ?
Et l’oiseau lui désigna, sous le toit, une petite fente pas plus grosse qu’un trou de souris.
Bigre ! mais je suis bien trop gros pour passer par ce trou-là, bien trop lourdaud pour y
grimper et je ne peux pas voler comme toi ! Ah, jamais je n’y parviendrai !
Si ton désir est sincère et si tu fais ce que je te dis, tu pourras trouver la liberté.
En d’autre temps, l’homme se serait moqué de l’oiseau : « Comment un être aussi petit, aussi faible
que toi pourrait-il bien m’aider, moi, qui ai déjà lutté de toutes mes forces sans succès ? »
Mais il ne répondit rien. Emu par la sollicitude de l’oiseau, il lui sourit. Et l’oiseau disparut.
Tout à coup, il ressentit un grand vide. La présence de l’oiseau l ‘avait rassuré et maintenant, son absence l’angoissait. Il était encore plus malheureux qu’avant. Mais l’oiseau revint :
Tiens, ouvre ta main !
Et il lui déposa du bout du bec quelque chose de microscopique :
Si tu plantes cette graine avec amour, si tu l’arroses tous les jours avec amour, si tu la
protèges, si tu ne l’oublies jamais, elle te permettra de te libérer.
Le prisonnier et le petit oiseau (suite et fin)
Et l’oiseau s’éclipsa. Quelque peu incrédule, l’homme se mit à tourner et retourner la graine dans le
creux de sa main, très perplexe. Il eut beau l’examiner sous tous les angles, il n’arrivait pas à imaginer comment cette petite chose terne et minuscule pourrait bien un jour lui permettre de se libérer ! Ca le dépassait complètement mais il en avait assez de tourner en rond dans sa prison (aux sens propre et figuré) et puis, il ne savait pas pourquoi il avait confiance en cet oiseau. De plus, il n’avait pas le choix. Il décida donc de jouer le jeu et … se prit au jeu. Il commença par nettoyer un petit coin de la tour, creusa, y déposa délicatement la graine et se mit à l’arroser. Et tous les jours, à heure fixe, il venait l’arroser comme l’oiseau l’avait recommandé. Au début, ce fut pour lui une distraction et en même
temps, cette graine donnait un sens à sa vie. D’ailleurs, il n’était plus seul, il lui parlait tout comme à une personne.
Mais apparemment, rien ne se passait et parfois le doute l’envahissait : et si l’oiseau s’était moqué
de lui ? ou s’il avait oublié de lui faire quelques recommandations importantes ? ou si lui- même avait omis quelque précieux détail ?
Un jour de désespoir, alors qu’il arrosait sa graine avec ses larmes et qu’il était sur le point de tout abandonner, il ne vit pas l’oiseau mais l’entendit lui dire de faire encore un petit effort.
Cela lui redonna courage. Il redoubla de soin et d’attention et le lendemain, en se réveillant, une petite tige sortait du sol munie de deux petites feuilles d’un vert délicat. Il fut ému par la fragilité de la
plante et se sentit soudain responsable de cette vie naissante qu’il avait à protéger. Il la veilla donc
jour et nuit et elle grandissait à vue d’œil. Plus elle grandissait et plus il ressentait de gratitude envers l’oiseau qu’il voulait remercier pour ce merveilleux cadeau.
Néanmoins, il ne voyait toujours pas comment cette plante le rendrait libre. D’ailleurs, n’était-ce point cela la libération : vivre dans l’espoir ?
Sa prison lui semblait beaucoup moins austère et il se surprenait même à chanter. Il avait composé
une chanson à la gloire de l’oiseau, une chanson qui lui était venue ou qui plutôt, avait jailli comme
ça de son cœur, un beau matin en se levant.
Et matin et soir, il arrosait sa plante et chantait les louanges de l’oiseau. Ces activités remplissaient complètement ses journées et il commençait à entrevoir ce que pouvait être le bonheur.
Mais il réalisa que contrairement à ce qu’il avait imaginé … pas de fleur … et pour cause !
En fait, sa plante n’était pas une plante mais … un arbre ! Déjà, il pouvait y monter dessus et il envisageait le moment où l’arbre serait assez grand pour lui permettre, juché sur la branche la plus
élevée, de s’échapper par le toit. Mais le toit était très haut et jamais aucun arbre n’atteindrait une
telle hauteur !
Il fut à nouveau pris de découragement mais se souvint des paroles de l’oiseau et reprit confiance.
Une fois encore, les choses ne se passaient pas comme il l’avait prévu. L’arbre - au lieu de grandir - s’épaississait, s’élargissait et de ses bras puissants, il repoussait les murs de la tour.
Les premières pierres commencèrent à céder pour s’écraser dans un vacarme assourdissant. L’homme
croyait rêver ! c’était encore plus beau que tout ce qu’il avait imaginé ! Il commença à voir un coin
de ciel bleu et un petit nuage blanc qui filait à toute vitesse. Il était fou de joie, son cœur débordait d’amour. Bien sûr, de temps en temps, quand il était distrait, il recevait bien quelques morceaux de
pierres sur les orteils – ce qui le faisait grimacer, jurer parfois. Mais cette souffrance elle-même n’était
pas stérile puisque c’était une pierre en moins à sa prison déjà toute fissurée.
Par un matin radieux, tout l’édifice s’écroula et fut baigné de lumière. Il ne vit plus que l’arbre et
l’oiseau perché dessus. Une immense gratitude et une joie indicible l’envahirent alors.
Le cœur libre et en paix, il savourait pour la première fois la Vie comme un cadeau précieux.
Francis
Contes inspirés d’histoires racontées par Mr Prem Rawat lors de ses Conférences
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